Joaquin est économiste en chef et stratège chez Numera Analytics, un cabinet de conseil en recherche économique. Numera propose des services de recherche macroéconomique et de stratégie aux investisseurs institutionnels et aux multinationales.

 

Pour les personnes comme moi, les deux dernières années ont été à la fois stimulantes et passionnantes, car l’économie mondiale a dû faire face à un nombre sans précédent de chocs. 

La dernière en date de cette longue liste de surprises macroéconomiques majeures est la guerre Russie-Ukraine, qui réduit simultanément les perspectives de croissance mondiale tout en alimentant l’inflation. 

Au Canada, l’inflation atteint son niveau le plus élevé depuis trois décennies, soit 6,7%, et pourrait encore augmenter au printemps, car les entreprises répercutent la hausse des salaires, de l’énergie et des matériaux sur les consommateurs (pensez à ces rénovations coûteuses!). 

Une tendance inquiétante pour les décideurs à Ottawa est que la plupart des gens s’attendent à ce que l’inflation élevée perdure. 

Les données d’enquête, par exemple, révèlent que les petites et moyennes entreprises croient que l’inflation restera supérieure à 5% dans un an.

 

En quoi cela est-il important? 

Si les entreprises s’attendent à une forte inflation, elles risquent d’augmenter les prix de manière agressive en conséquence, afin de se protéger contre les pertes potentielles de bénéfices entre les périodes de révision des prix qui, pour de nombreux services, n’ont lieu qu’une fois par an. 

Cela crée alors une « prophétie auto-réalisatrice », et pour rompre ce cycle, malheureusement pour les acheteurs de propriétés, il faut généralement augmenter les taux d’intérêt. Toutefois, il est difficile de le faire, car une hausse trop rapide des taux peut avoir comme effet de ralentir l’économie. 

Pour la Banque du Canada (BdC), l’incitation à augmenter les taux est plus forte qu’ailleurs dans le monde, puisque le Canada est moins vulnérable aux prix élevés du pétrole que les importateurs d’énergie comme l’Europe. 

En outre, le taux d’emploi au Canada s’est pleinement rétabli (retour à la tendance d’avant le COVID), ce qui réduit le risque de couper court à la reprise. 

Ces deux facteurs augmentent la probabilité d’un cycle de hausse rapide, comme en témoigne la décision de la BdC de relever son taux directeur de 0,5% il y a quelques semaines. 

 

Un scénario raisonnable, à des fins de planification, prévoit un taux directeur de 2,5% à la fin de l’année, ce qui devrait se traduire par un taux préférentiel de 4,5%. 

Il s’agirait du taux le plus élevé depuis la crise financière de 2008/09, une période caractérisée par des conditions de financement exceptionnellement favorables. 

Des taux préférentiels plus élevés pourraient faire baisser la demande immobilière, car il s’agit du taux utilisé par les banques pour fixer les taux des prêts hypothécaires fixes et variables. 

 

Qu’est-ce que cela signifie pour le marché immobilier? 

Le faible inventaire et les données démographiques favorables devraient continuer de soutenir les prix des propriétés dans les grandes zones métropolitaines. 

En tant qu’acheteur d’une maison, cela signifie que vous devez vous préparer à une période de hausse des coûts de financement, et, dans ce contexte, je vous recommande de discuter dès le début de votre stratégie hypothécaire (y compris la structure de remboursement) avec votre conseiller en placement.

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